La mondialisation

Accords et désaccords

La définition même de la mondialisation varie considérablement selon que l'on se place du côté de ses partisans ou de ses adversaires. Les premiers considèrent le processus comme inéluctable et forcément bénéfique pour l'ensemble de la planète. Les seconds pensent que le phénomène doit être maîtrisé, sans quoi seule une minorité d'acteurs, ceux qui en établissent les règles, en profiteront.

Le règne des multinationales

Les termes de mondialisation ou globalization sont d'abord apparus dans les études réalisées au sein et à propos de grandes entreprises, qui se sont développées grâce à l'internationalisation de leurs activités. Profitant de l'ouverture des marchés mise en pratique depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, et qui a permis à bien des pays de reconstruire leurs économies et de connaître un taux de croissance exceptionnel, ces multinationales peuvent désormais vendre partout les mêmes produits, ce qui leur permet de réaliser d'importantes économies d'échelle, depuis la conception du produit, jusqu'à la distribution, en passant par la fabrication (souvent délocalisée dans les pays où la main d'œuvre non spécialisée est moins coûteuse).

Elles sont les premières à trouver leur intérêt dans une mondialisation des échanges favorisée par l'abolition des frontières. Dans ce contexte, les mouvements de fusions et d'acquisitions de sociétés ne cessent de s'intensifier. Un mode de gestion intégrée se met en place à l'échelle du monde.

La naissance de l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce)

Pour assurer l'efficience d'un système basé sur le libre-échange, il faut réduire au maximum les entraves au commerce (quotas et tarifs douaniers), mais aussi les subventions à l'agriculture et à l'industrie, et autres formes détournées de protectionnisme. C'est l'objectif des accords de Marrakech, conclus en février 1994 afin de parvenir à « l'élimination substantielle des tarifs douaniers et des autres obstacles au commerce et l'élimination des discriminations dans les relations commerciales internationales ».

Cet accord est l'aboutissement des négociations menées jusque-là, et depuis 1947, dans le cadre du GATT (Accord général sur le commerce et les tarifs douaniers). Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, une Organisation internationale du commerce aurait dû voir le jour en même temps que le
FMI ou la Banque mondiale, des institutions nées de la conférence de Bretton Woods en 1944, mais le Congrès américain s'y est opposé. Jusqu'aux accords de Marrakech, le GATT sert de cadre aux discussions, à l'occasion de cycles de négociations appelés « rounds ».

Les accords de Marrakech, qui clôturent l'Uruguay Round, conduiront enfin à la naissance en 1995 de cette
Organisation mondiale du commerce (OMC), à laquelle 135 membres adhèrent alors (ils sont aujourd'hui 138). La Chine, qui aspire depuis quatorze ans à se joindre aux négociations, pourrait y faire son entrée de façon imminente. Des accords de principe ont été signés dans ce sens en novembre 1999 entre la Chine et les États-Unis, puis en mai 2000 avec l'Union européenne, ce qui devrait lever les principaux obstacles à son adhésion.

Depuis l'acte de naissance de l'OMC, aucun nouveau round n'a pu se tenir. Le « Cycle du millénaire » devait être lancé fin 1999, mais le sommet ministériel de Seattle prévu à cet effet s'est soldé par un échec retentissant. La rencontre s'est limitée en effet à une joute entre partisans et détracteurs de la mondialisation.

L'échec de Seattle

Après maintes séances préparatoires, les représentants des membres de l'OMC conviennent de se retrouver à Seattle, aux États-Unis, en novembre 1999. De cette réunion doit se dégager un compromis afin de lancer le « Cycle du millénaire » (Millenium Round), c'est-à-dire le cadre des prochaines négociations multilatérales sur le commerce et les services.

Cependant, il est impossible aux participants de s'entendre, ne serait-ce que sur un agenda de négociations. Des milliers de manifestants du monde entier, appartenant aux organisations les plus diverses, empêchent en outre le bon déroulement du sommet. Les manifestants commencent par bloquer l'accès au Centre de convention aux délégués. Le mouvement surprend par son ampleur. Il devient difficile aux États mandatés de céder du terrain dans la négociation, de peur de se mettre à dos leurs propres opinions publiques. Les Européens tentent d'imposer – sans succès – leur conception du commerce, selon laquelle de nouvelles régulations doivent être adoptées en prenant en compte les normes sociales, et qui met en avant le rôle de l'agriculture dans l'aménagement du territoire.

L'échec de Seattle a contraint les pays membres de l'OMC à exercer une pause dans les négociations multilatérales. Chaque réunion, chaque discussion est désormais relayée par les ONG et placée sous haute surveillance de l'opinion publique, surtout qu'elles portent aujourd'hui sur des domaines aussi sensibles que la santé ou l'éducation.

Les arguments des anti-mondialisation

Les organisations non gouvernementales qui sont montées au créneau à Seattle s'accordent pour la plupart sur ce mot d'ordre : « non à la mondialisation néo-libérale, non à la pensée unique, non à l'hégémonie des marché financiers ». La naissance des mouvements anti-mondialisation est allée de pair avec la prise de conscience que les décisions sont adoptées aux plus hauts niveaux (régional, national et, maintenant, international) sans aucune concertation avec les citoyens dont elles vont pourtant influencer la vie quotidienne. Désormais, les mouvements de citoyens les plus divers (écologistes, tiers-mondistes, de défense des droits de l'homme, des droits au travail, des droits de la femme, des enfants, des minorités, etc.) se mobilisent pour faire entendre leur voix. Ils redoutent les décisions prises en catimini, sous la pression de puissants lobbys, sans plus de considération pour le citoyen ordinaire.

Plutôt que l'abolition des instances internationales telles que le FMI ou la Banque mondiale, ils demandent la réforme de ces institutions, issues de Bretton Woods (1944). Ils dénoncent notamment la faiblesse de la représentation, dans le processus de décision, des pays les moins avancés (notamment ceux d'Afrique subsaharienne, comme le Mali, le Burkina Faso, mais aussi ceux des Caraïbes et du Pacifique, comme Madagascar ou les Comores). C'est particulièrement vrai dans le cas de l'OMC, elle aussi fortement remise en cause, où le déséquilibre paraît flagrant entre les bataillons de « lobbyistes » américains ou européens, et les représentants des pays du Sud, qui arrivent aux négociations en ordre dispersé et beaucoup moins équipés, quand ils y sont conviés.

Non seulement ces pays ne disposent pas de tous les instruments d'analyse et de statistiques que peuvent s'offrir les pays riches mais, en outre, ils n'ont pas accès à ce que l'on appelle les Green Rooms et les Invisibles, deux enceintes de négociations où s'élaborent les « consensus » imposés ensuite aux autres membres de l'OMC. La CNUCED (Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement), créée pour leur fournir une assistance technique, ne saurait combler le fossé qui se creuse entre les membres les plus puissants de l'OMC et les pays du Sud, qui ont par ailleurs des intérêts divergents et donc bien du mal à s'unir dans les négociations.

Les terrains d'affrontement

L'intensification des échanges internationaux de biens et de services n'a pas que des effets favorables pour les habitants du nouveau « village planétaire », loin s'en faut. Pollution accrue, alimentation dangereuse : de plus en plus de voix s'élèvent aujourd'hui pour mettre en garde contre les dangers d'une mondialisation accélérée, sans véritables garde-fous.

OGM et vaches folles, symboles de la course au productivisme

L'intensification des échanges est à l'origine d'une course effrénée à la productivité dans le secteur agroalimentaire. L'arrivée sur le marché des OGM (organismes génétiquement modifiés) bouleverse les schémas classiques de production agricole. Le problème du « brevetage du vivant » se pose. Le marché des semences des cinq principales plantes qui nourrissent la planète (blé, riz, maïs, colza, soja) sera bientôt entre les mains de quelques complexes agrochimiques, qui pourront imposer leur loi. Les semences d'OGM comportant un gène de résistance aux maladies ou aux pesticides (substances chimiques souvent produites par ces mêmes groupes industriels) créent un lien de dépendance irréversible entre paysans et fournisseurs de semences, d'engrais et de pesticides. Le contrat qui les lie empêche l'agriculteur de replanter ses propres semences, de toute façon programmées pour perdre de leur productivité après plusieurs récoltes.

Blés génétiquement modifiés

L'innocuité de ces produits pour la santé et l'environnement n'ayant pas été prouvée, certains États, notamment en Europe, ont décidé d'appliquer un moratoire à leur utilisation, mais la rapidité des échanges d'un continent à l'autre rend difficile l'application même de ce moratoire. Les scandales de contamination aux OGM ne cessent de se multiplier.

Le même impératif de productivité et d'abaissement des coûts de production est à l'origine de l'emploi des farines animales dans l'élevage. Depuis que la science a mis au jour le danger que représente cette pratique dans le développement de la maladie de Creutzfeldt-Jacob (version humaine de la maladie des bovins dite « maladie de la vache folle »), les industriels ont peu à peu accepté d'y renoncer, de se soumettre à des normes de traçabilité des produits et au principe de précaution. Toutefois, dans les faits, le contrôle reste difficile à exercer.

Champ d'essais agricoles pour l'étude des diverses variétés de blé et pour leur amélioration génétique

 

La résistance s'organise

Face aux dérives du productivisme et au dictat imposé par les multinationales du complexe agrochimique, les petits producteurs tentent de s'organiser. En France, les dénonciateurs de la « malbouffe » ont trouvé leur porte-parole : José Bové, à la tête de la Confédération paysanne. Son arrestation pour avoir mis à sac le restaurant Mac Donald's de Millau, dans le sud de la France, a valu à son mouvement une forte notoriété.

José Bové, agriculteur et militant, a recueilli un vaste soutien dans la population française. Il fait partie de ceux qui s'insurgent contre certaines décisions de l'OMC, qui n'a par exemple pas jugé recevable l'interdiction européenne sur les importations de viande aux hormones en provenance des États-Unis. José Bové est notamment allé brandir des roqueforts lors d'un meeting à Seattle, en marge du sommet ministériel de l'OMC, pour dénoncer les sanctions américaines imposées sur des produits en provenance d'Europe, tels que le fromage de Roquefort ou le foie gras, des spécialités bien françaises.

Le combat de cet infatigable pourfendeur de la mondialisation se porte également contre les OGM. Aux côtés d'organisations comme Attac, ou encore, Artisans du monde, Friends of the Earth, l'Observatoire de la mondialisation, et des milliers d'ONG de par le monde, la Confédération paysanne milite aussi en faveur d'un commerce équitable et solidaire avec les pays du Sud.

Les pollutions n'obéissent pas aux frontières

La catastrophe de Tchernobyl

La mondialisation des échanges s'est accompagnée d'une industrialisation accrue, et donc d'une consommation d'énergie toujours plus forte. Or, on s'est rendu compte que les gaz issus de la combustion des énergies fossiles sont en partie responsables de l'effet de serre, à l'origine du réchauffement de la planète. Ce bouleversement climatique aurait des conséquences désastreuses sur l'environnement. Forts de ce constat, les États-membres des Nations unies réunis à Kyoto en 1998, lors de la conférence sur le changement climatique, ont adopté un protocole visant à restreindre leurs émissions de gaz à effet de serre.

Le réacteur endommagé de la centrale nucléaire de Tchernobyl, cinq ans après l'explosion du 25 avril 1986.

Toutefois, les efforts entrepris pour lutter contre la pollution de l'air font encore la part belle aux mécanismes de marchés. Les États-Unis, qui contribuent à hauteur de 20 % aux émissions totales de gaz carbonique sur la planète, sont les moins enclins à adopter les mesures domestiques nécessaires afin d'y remédier. Associés à certaines nations européennes, ils défendent la création d'un marché des droits d'émissions : les pays qui en ont les moyens pourraient ainsi racheter aux pays non pollueurs (les moins industrialisés) des permis d'émission de gaz carbonique. Les crédits ainsi débloqués pourraient permettre aux pays en développement d'acquérir des technologies non polluantes. Bien entendu, les écologistes s'opposent à ce système.

Le débat est d'autant plus complexe que le recours au nucléaire est l'une des principales politiques énergétiques envisagées pour résoudre le problème des émissions de gaz carbonique. Encore une fois, les pays qui choisiraient cette voie n'en supporteraient pas seuls les éventuelles conséquences : les risques liés au fonctionnement des centrales (catastrophe de Tchernobyl en 1986) et au transport des combustibles et des déchets nucléaires plus ou moins radioactifs dépassent les frontières des États.

Bataille sur la propriété intellectuelle

Tandis que les industriels des pays développés s'inquiètent des pertes liées à la pratique de la contrefaçon et aux violations du droit de la propriété intellectuelle, les pays en développement craignent pour leur part de se trouver spoliés de leur droits les plus naturels par les sociétés les plus avancées sur le plan de la technologie.

Les compagnies établies dans les pays du Nord sont déjà en possession de 86 % des brevets dans le domaine de la « phytogénétique » (manipulations génétiques sur des végétaux), alors que les plantes qui constituent la matière première à la base de cette nouvelle industrie se situent le plus souvent au sud, où elles sont utilisées de manière traditionnelle. C'est un débat qui a jusqu'ici été pratiquement éludé dans le cadre de l'accord sur les Adpic (Aspect des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce) au sein de l'OMC.

Par ailleurs, ces brevets sont aux mains de firmes tellement puissantes qu'elles ne craignent plus la concurrence, ce qui leur permet de pratiquer des prix exorbitants à la vente. L'accès aux produits ainsi brevetés devient alors impossible aux habitants de pays qui ont pourtant fourni la matière première.

C'est ainsi que de petites exploitations locales en Asie ou en Amérique du Sud se voient aujourd'hui contraintes d'arrêter la fabrication de certains de leurs produits dont la matière première, qu'elles utilisent parfois de façon traditionnelle depuis des générations, est aujourd'hui brevetée ! (Certains peuples utilisent jusqu'à 300 plantes. Pourront-ils continuer encore longtemps ?)

Les marchés financiers

Les négociations menées dans le cadre de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) ont attiré l'attention sur la violence des rapports de force entre les pays les plus riches et les pays pauvres. Une violence décuplée par la rapidité des réactions sur les marchés financiers, qui précipite l'enrichissement des uns et l'aggravation de la situation des autres.

Ils courent, ils courent les capitaux

Le système monétaire international mis en place par les Alliés avant même la fin de la Seconde Guerre mondiale (lors de la conférence de Bretton Woods dans le New Hampshire en 1944), fixe la parité du dollar à 35 dollars l'once. Le dollar est ainsi devenu monnaie de référence internationale. En 1971, le président des États-Unis Richard Nixon annonce la fin de la convertibilité du dollar en or, estimant que le système coûte trop cher à son pays. Le système de changes fixe laisse place à un système de changes flottants (toujours en vigueur, malgré certains regroupements régionaux), ce qui provoque le démantèlement des barrières réglementaires.

La liberté des mouvements de capitaux est alors présentée par les tenants du libéralisme pur et dur comme un moyen de favoriser une meilleure allocation de l'épargne mondiale. Ils estiment en effet qu'en favorisant le libre jeu des marchés, les capitaux iront d'eux-mêmes s'investir là où les besoins s'en font sentir, là où ils peuvent générer de la croissance. Cette théorie est notamment défendue par ceux que l'on désigne comme les économistes de l'école de Chicago, qui soutiennent (en opposition avec les thèses de John Maynard Keynes qui prône au contraire une relance par la demande grâce à une politique de dépenses publiques) que les interventions de l'État dans l'économie doivent être réduites au maximum pour faciliter le libre jeu des marchés. La plupart des Nobel d'économie sont sortis des rangs de cette école. On peut citer par exemple Milton Friedman en 1976, ou encore Robert Lucas en 1995, ainsi que les deux Nobel de cette année 2000.

 

La bourse de Chicago

Les États-Unis prennent une longueur d'avance en adoptant dès le début des années 1980 (Ronald Raygan) des mesures destinées à encourager la concurrence sur les marchés financiers. La place de Londres (Margaret Thatcher) suit le mouvement en lançant la grande réforme de son système bancaire en octobre 1986, sous le nom de Big Bang. Le Japon fera de même, dans les mêmes termes, en 1994. Il s'agit de mettre fin aux commissions fixes sur les transactions financières, d'ouvrir les bourses aux participations étrangères, de mettre en place un système informatisé de transactions en continu.

La Bourse de commerce de Chicago, où s'échangent les cours des matières premières.

Ces réformes impliquent un assainissement en profondeur des systèmes bancaires, et une plus grande transparence dans les pratiques locales. Certains établissements n'y survivront pas. Les États se conforment les uns après les autres à cette libéralisation de la sphère financière, afin de rester attractifs aux yeux des investisseurs étrangers.

Dans ce climat de concurrence exacerbée, les innovations se multiplient en matière de produits financiers. La création de « produits dérivés » (futures, swaps, options, etc.) permet de jouer sur différentes variables de risques (taux d'intérêts ou de change, indices boursiers, achat ou vente à terme). Les gagnants sont ceux qui disposent d'un maximum d'informations et de la meilleure maîtrise des outils technologiques les plus avancés, dans l'informatique et les télécommunications.

 

L'accélérateur Internet

Les progrès des technologies de l'information et de la communication ont contribué à faciliter les montages financiers internationaux. Le menu des instruments financiers s'est élargi à l'infini. Les autoroutes de l'information (Internet), autorisant les investisseurs à opérer dans le virtuel à vitesse V, ont pratiquement déconnecté les marchés de l'économie réelle, tandis que leur interconnexion amplifiait les mouvements de capitaux.

Les flux financiers sont devenus cinquante fois plus importants que les transactions correspondant aux exportations de biens et services. Les mouvements des fonds de placements privés sont aussi devenus plus importants que les réserves des banques centrales. Cependant, ce qui a enrichi les investisseurs a dans le même temps servi les intérêts des spéculateurs. Par leur complexité, les instruments financiers échappent souvent à un contrôle efficace. Les autorités financières des États se trouvent prises de court par la rapidité de l'innovation. De simples rumeurs suffisent à provoquer, par un effet de contagion accéléré, de graves crises financières.

Les crises touchent d'abord les plus pauvres

Ce sont toujours les économies les plus fragiles qui subissent les effets dévastateurs des mouvements incontrôlés de capitaux. Les pays riches en perçoivent à peine l'onde de choc. La crise de juillet 1997 en Thaïlande s'est ainsi propagée à l'ensemble de l'Asie, jusqu'au Japon. Paradoxalement, l'Afrique a beaucoup plus souffert de la crise que l'empire du Soleil Levant. Ce dernier est, en effet, le premier donneur dans le cadre de l'Aide publique au développement. À la suite de la crise asiatique, le Japon a dû réduire sa contribution, et concentrer son aide sur les pays voisins.

L'origine de la crise de 1997-1998 qui a fini par toucher quasiment toute la planète, repose dans le caractère arbitraire et superficiel des placements réalisés par les investisseurs. Faute d'informations, ou de lucidité, un grand nombre d'entre eux ont parié sur la croissance des pays émergents, et n'ont pas réalisé à temps le danger de la situation : au lieu d'être investi dans des projets à long terme, capable de générer une dynamique de développement durable, l'argent est allé dans des placements à court terme. Les flux de capitaux ont alimenté une spirale spéculative dont l'éclatement soudain s'est avéré fatal pour l'économie toute entière.

Soumis au programme d'ajustement structurel du Fonds monétaire international, la Thaïlande a dû procéder à de sévères restructurations. Sous l'injonction du FMI, les banques ont coupé les lignes de crédit, les faillites se sont multipliées, et l'emploi en a souffert. Même scénario dans la plupart des pays d'Asie en proie à la crise, comme la Corée du Sud, où les travailleurs jetés à la rue sont désormais perçus comme les « victimes du FMI ». La Malaisie ayant décrété un rétablissement temporaire du contrôle des mouvements de capitaux, elle fait partie des rares pays à avoir échappé à la débâcle.

Cette crise, dont les économies asiatiques sont en train de sortir au prix de terribles efforts, a apporté de l'eau au moulin des partisans d'une régulation des flux financiers. Une thèse que défend l'association française Attac (Association pour la taxation des transactions financières pour l'aide aux citoyens). Ses membres se réfèrent aux théories développées par le Nobel de l'économie James Tobin, qui, en 1978, prônait l'instauration d'un impôt prélevé lors de la circulation internationale des capitaux pour décourager la spéculation. Le produit de la taxation serait redistribué, selon les initiateurs du projet, aux plus démunis.

Cependant, les opposants à cette taxe sur les transactions baptisée taxe Tobin, mettent en avant la complexité de son instauration, qui exige que tous les pays l'adoptent simultanément. Dans le cas contraire, on assisterait à un afflux de capitaux vers ceux qui s'en dispenseraient.

Et l'État dans tout ça ?

Les adversaires de l'« ultra-libéralisme » souhaitent que, dans ce contexte de mondialisation, l'État puisse conserver un certain nombre de prérogatives. C'est le cas notamment au niveau européen pour l'agriculture. Les membres de l'Union européenne font valoir que l'agriculture ayant un impact immédiat sur l'environnement et l'aménagement du territoire, il est impossible de procéder à une libéralisation pure et simple de ce secteur, impliquant la suppression de toutes les subventions aux agriculteurs. Une position contestée par les États-Unis, qui accusent les Européens de protectionnisme. Ceux-ci leur renvoient le compliment, arguant du fait que l'agriculture américaine est la plus subventionnée au monde, même si c'est par des moyens détournés, comme des facilités de crédit.

Les accusations mutuelles de protectionnisme ne concernent d'ailleurs pas seulement l'agriculture, mais aussi l'industrie. Il existe notamment un système d'exonération fiscale aux États-Unis permettant à des sociétés spécialisées dans l'exportation et souvent basées dans des paradis fiscaux, d'échapper totalement au fisc américain.

Concernant le rôle de l'État et notamment la politique fiscale qui permet aux gouvernements d'orienter leurs choix économiques en fonction de leurs propres priorités (par exemple, en France, la lutte contre le chômage), on observe que la « mondialisation » n'est pas le seul facteur extérieur de contrainte pesant sur les décisions des gouvernements. La « régionalisation » est au moins aussi contraignante. Ainsi, malgré les recettes fiscales engrangées durant les années de croissance, le gouvernement français est sommé par ses partenaires européens de pratiquer une politique de réduction des dépenses, afin de parvenir à l'objectif que se sont fixés tous les pays membres de la « zone euro », soit la réduction des déficits budgétaires. Il s'agit avant tout de lutter contre l'inflation et de préserver la stabilité des prix, dans le cadre de l'Union.

Les inégalités ne cessent de croître

On s'aperçoit que la libéralisation des échanges, qui était censée profiter à tous, accroît les inégalités entre les pays les plus riches et les plus pauvres. Selon un récent rapport de la Banque mondiale, le revenu moyen des 20 pays les plus riches est aujourd'hui 37 fois plus élevé que celui des 20 pays les plus pauvres. L'écart entre pays pauvres et riches est deux fois plus important qu'en 1960. Pour remédier à cet état de fait, il faut arrêter la spirale infernale de la dette estime le CADTM (Comité pour l'annulation de la dette du tiers-monde). « Le système de l'endettement est un mécanisme de subordination des peuples et des États de la périphérie par le centre, symbolisé par le groupe des sept États industrialisés (G7) », écrit Éric Toussaint, l'animateur de cette ONG.

D'après le rapport du PNUD (Programme des Nations unies pour le développement) de 1998, la dette totale des pays du tiers-monde (pays de l'Est non inclus) approchait les 2 000 milliards de dollars en 1997. Chaque année, ces pays remboursent en moyenne 200 milliards de dollars, alors que l'Aide au développement ne dépasse pas les 45 milliards de dollars.

En juin 1996, les pays du G7 ont pris une initiative appelée « initiative PPTE » en faveur d'une annulation de 80 % de la dette des pays les plus pauvres les plus endettés. Mais aucune mesure concrète n'a encore été prise dans ce sens, d'où l'appel des ONG membres de la campagne Jubilée 2000 qui demandent une annulation immédiate de la dette.

Plus généralement, les anti-mondialisation contestent les politiques de réajustements structurels mises en œuvre par le FMI dans les pays en crise. Le même remède est appliqué à tous, alors que les situations diffèrent. Il s'agit toujours de programmes d'austérité, qui se soldent par des licenciements massifs, de l'application de politiques monétaires restrictives, qui pénalisent davantage les couches les plus modestes, de privatisations, qui s'apparentent parfois à une braderie des grandes sociétés nationales. Le tout, dans le but bien souvent de ménager les intérêts des investisseurs et des créanciers étrangers.

 

Quelques sites Internet où l'on débat sur la mondialisation

Nous remercions le site Webencyclo  pour sa documentation